LE PETIT PRINCE 
 AU TREILLIS KAKI 

Repu des fonctions officielles
Fatigué des cours et des auges
Où les arrivistes pataugent
Lassé de leur douceâtre fiel
Et loin de tes profondes Vosges
Où la neige est si blanche et belle

Tu ressentis de l’aventure
Le frisson rude et la caresse
Et tu n’eus plus alors de cesse
Que d’aller vivre cette cure
Où le soir les armes se graissent
Avant la guerre après la messe

Tu rêvais depuis bien longtemps
De retrouver tes fiers djebels
De retourner aux dissidents
Pour renouer le vieux duel
Tu retrouvas ta citadelle
Où te guettaient de jeunes rebelles

Dans les montagnes tout alentour
Dans les villages et dans les plaines
Résonna le lointain tambour
Qui annonçait ta fin prochaine
Voulue par de cruels vautours
Les chamarrés de Haute Cour
Indisposés par ta bravoure

Tu partis avec deux Harkis
A la rencontre en terre déserte
Des guerriers braves du maquis
Et parcourus d’un pas alerte
La porte étroite à toi ouverte
Petit Prince au treillis kaki

Mais de son siège le Régent
Décidera que de son royaume
Il exclurait nombre de gens
Tracerait une nouvelle zone
Pourtour étroit de l’Hexagone
Et mâterait les Insurgents

Assumant toutes les promesses
Et bravant seul la trahison
L’échine droite, l’âme en détresse
Tu sentis toutes les déesses
Chanter en chœur à l’unisson
De ta terre la péroraison

De pâles et maigres gredins
S’enhardirent alors à tes trousses
Appâtés par l’odeur du gain
D’autres encore à la rescousse
Baissèrent ensemble leur vil pouce
Tu répondis par le dédain

Mais le jour vint, mon Colonel,
Le jour fatal de l’hallali
Où les filets des criminels
Pour finir leur odieux délit
Te capturèrent au Pont de Kehl
Et te livrèrent à l’ennemi
Petit Prince au treillis kaki.


Guy Rolland
Au Colonel Antoine ARGOUD



Mis en ligne le 20 mai 2008
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