Aujourd'hui à Aix en Provence. |
Aujourd'hui (lundi 21 mars), a eu lieu, à Aix en Provence, le procès en appel du général Maurice Schmitt qui avait assigné Henri Pouillot, ex-appelé d'Algérie en diffamation pour les propos suivants :
"Je crois qu'il est important dans le combat contre la torture de voir condamné un haut gradé qui a dit et répété que la torture, demain, pourrait être encore nécessaire en France et que l'armée serait, dans l'avenir, obligée de se salir les mains à nouveau." Nous avons pu entendre le témoignage des deux intéressés qui ont développé leurs arguments ainsi que les plaidoiries de leurs avocats. "Je n'ai jamais pensé ou dit que l'armée française pouvait être amenée à torturer à nouveau. J'ai fait, dans mes fonctions, ce qu'il fallait pour qu'elle ne soit pas amenée à ce genre de situation." a déclaré entre autre le Général M. Schmitt. Le défenseur de M Pouillot, Me Pierre Mairat, avocat, ancien président délégué du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) s'est concentré sur la question de savoir "si l'on devait répondre à la barbarie par la barbarie dans une démocratie?", en faisant abstraction de la douloureuse réalité et en éludant le contexte de terreur qui régnait lors de ce que l'on a coutume d'appeler "la bataille d'Alger". Le défenseur du Général Schmitt, le bâtonnier José Allegrini, lors de sa remarquable plaidoirie haute en couleur, s'est attaché à rappeler le passé militaire de son client et a mis en perspective la situation dramatique que devait gérer à cette époque une armée investie d'une mission de police contre nature. Il a également mentionné le soucis du général, notamment pendant la guerre du golfe, de préciser à ses soldats le cadre légal et humain que devaient revêtir leurs actions. Et citant le Général : « si j'étais le 11 septembre 2001 et si j'avais face à moi un responsable d'al-Qaïda, si je pouvais éviter que les tours de New York ne tombent en lui appliquant un interrogatoire serré, alors oui, je vais y perdre mon âme, mais je le ferais ». Le délibéré a été fixé au 30 mai 2005. |
Compte rendu AFP.
AIX EN PROVENCE (Bouches du Rhône), 21 mars 2005 (AFP) Le général Schmitt, citant Camus, dénonce "le terrorisme aveugle" L'ancien chef d'état-major des armées, le général Maurice Schmitt, de nouveau mis en cause par des accusations de tortures lors de la guerre d'Algérie, a estimé lundi devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, qu'il avait "du mal à supporter les conséquences du terrorisme aveugle".
Il s'exprimait lors de l'audience en appel du procès en diffamation contre un ancien appelé de la guerre d'Algérie, qu'il accuse de le présenter comme faisant l'apologie de la torture. "Je voudrais citer une phrase d'Albert Camus, qui disait : "c'est vrai, j'ai du mal à supporter les conséquences du terrorisme aveugle. Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera déshonorée par le massacre de femmes et d'enfants", a déclaré le général Schmitt. L'avocate générale Hélène Meo a requis une peine de 1.500 euros de dommages-intérêts et de 500 euros d'amende contre cet appelé, Henri Pouillot, déjà condamné à une peine similaire le 2 juillet dernier en première instance par le tribunal de grande instance de Marseille. L'arrêt a été mis en délibéré au 30 mai prochain. Quatre témoignages d'anciens militants du FLN algérien publiés par Le Monde daté de samedi accusent le général Schmitt d'avoir dirigé durant l'été 1957 des opérations de torture à Alger. Le général Schmitt, à l'époque lieutenant du 3ème régiment de parachutistes coloniaux, n'est pas revenu directement lundi sur ces accusations, qu'il a qualifiées de "pure invention", samedi sur France inter. Il a cependant évoqué le "dilemme effroyable" face à la déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948, qui à la fois stipule dans son article 3 le droit à la vie, à la liberté et la sûreté et dans son article 5 que "nul ne sera soumis à la torture (...)". "Chacun a le droit de prendre un métro à Paris ou un train à Madrid", a-t-il affirmé, en allusion aux attentats ayant frappé Madrid en mars 2004. "Mais les terroristes contestent violemment le droit à la sécurité", a-t-il dit. Son avocat, José Allegrini, a renchéri: "le général Schmitt connaît la guerre, les atrocités du terrorisme. Sa position est la suivante: si, le 10 septembre 2001 (veille des attentats aux Etats-Unis, ndlr), je me trouve en face d'un responsable d'Al-Qaïda à qui je peux faire subir un interrogatoire sévère, j'y perdrais certes mon âme, mais je sauverais des gens". |
| Le point de vue du "Monde" Marseille le 23 mars 2005 Torture : devant la cour d'appel d'Aix, le général Schmitt évoque un"dilemme effroyable" Aix-en-provence (Bouches-du-Rhône) de notre correspondant régional. Henri Pouillot et Maurice Schmitt sont de vieux adversaires : anciens de la guerre d'Algérie, cela fait quatre fois qu'ils se retrouvent devant un tribunal, s'accusant de diffamation, gagnant puis perdant chacun son tour, toujours à propos de la torture. Lundi 21 mars, la cour d'appel d'Aix les entendait encore : celui qui fut le soldat Pouillot interjetait appel du jugement du 7 juillet 2004, qui le condamnait pour diffamation envers l'ex-lieutenant Schmitt, général dans le cadre de réserve. Badge du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) à la boutonnière, légèrement bafouillant, Henri Pouillot explique pourquoi il a prononcé la phrase objet du délit : "Je crois qu'il est important dans le combat contre la torture de voir condamné un haut gradé qui a affirmé et répété que la torture, demain, pourrait encore être nécessaire et que l'armée serait, dans l'avenir, obligée de se salir les mains à nouveau." Pour lui, cette affirmation constitue bien une "apologie de la torture". Il estime que sa phrase n'est pas diffamatoire, le général Schmitt revendiquant cette idée. "LES 12 COMMANDEMENTS DU SOLDAT" Son défenseur, Pierre Mairat, cite le général Schmitt qui a affirmé en diverses occasions qu'il "était prêt à se salir les mains au risque de perdre (son) âme" dans le cas où il aurait sous la main un suspect sur le point de pratiquer un acte de "terrorisme aveugle", comme ceux qui ont frappé New York en septembre 2001 ou Madrid en mars 2004. Il conclut qu'on ne peut accuser son client de diffamation, "car on ne peut pas dire une chose et reprocher à celui qui dit que vous l'avez dite de diffamer". A la barre, légion d'honneur à la boutonnière, Maurice Schmitt, reprend un dossier qu'il connaît par cœur et cite des passages du livre qu'il a écrit sur la guerre d'Algérie. Il se réfère surtout à ce qu'il a fait quand il était encore général d'active : "Quand j'ai eu des responsabilités, j'ai tout fait pour que cette éventualité (celle que l'armée torture) ne puisse pas se produire." Exemple : le livret contenant les"douze mandements du soldat", remis aux troupes engagées lors de la première guerre du Golfe, qui définissait "les règles à tenir vis-à-vis des prisonniers et des blessés" : elles excluaient ce qu'il appelle "les interrogatoires sévères". Et son avocat, José Allegrini, d'insister : "Il a intégré trente officiers de police judiciaire" parmi les troupes françaises engagées dans le conflit, afin que tout interrogatoire éventuel se déroule selon la loi. Puis le débat rebondit lorsque le général Schmitt pose lui-même la question : "Reste le dilemme effroyable : soit respecter l'article 5 de la Déclaration des droits de l'homme qui interdit toute pression physique, soit l'article 3 qui reconnaît le droit de prendre le train à Madrid ou un avion au-dessus du Ténéré, le droit à la sécurité." Il propose alors qu'on repense le droit car "assouplir les principes est toujours préférable à tolérer les abus". L'avocate générale, Hélène Meo, a requis la confirmation de la peine prononcée en première instance contre Henri Pouillot, soit 1 500 euros de dommages-intérêts et 500 euros d'amende. Jugement le 30 mai. Michel Samson Article paru dans l'édition du 23.03.05 Transmis par J.L.Granier. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-629994@51-628721,0.ht |