Monsieur Le Pen a tort, la chambre à Gaz n'est pas un
détail.
Monsieur Le Pen a profondément tort, la
chambre à gaz est tout sauf un point de détail, c'est même
aujourd'hui, plus qu'hier encore, la religion, le dogme autour
duquel tourne toute l'époque contemporaine. Dans l'ordre du
sacrifice fondateur, la chambre à gaz a remplacé la croix du
christ.
Pourtant, ou justement pour ça, au nom du
droit à la libre pensée face à ceux qui croient et veulent nous
obliger à croire, je réclame le droit, pour Jean-Marie Le Pen, de
considérer la chambre à gaz comme « un point de détail de la
seconde guerre mondiale », comme tant d'autres se donnent le droit
de chier sur la croix.
Que ce soit celle d'hier
ou d'aujourd'hui, le citoyen libre se doit de lutter contre toutes
les inquisitions et leurs cortèges sanglants de bûchers et
d'abjurations. Nous, européens, n'avons pas mis trois siècles à
nous émanciper du pouvoir temporel du Pape pour en arriver là !
Aujourd'hui, dans ce climat de judéomanie
délirante - une judéomanie délirante et suspecte qui tient plus de
l'esprit de la Collaboration que du combat pour le bien et l'amour
des hommes - plus les souffrances de la guerre s'éloignent, plus
c'est la seconde guerre mondiale toute entière qui devient un
détail de la chambre à gaz !
50 millions de
morts, russes, communistes, polonais, anglais, américains, civils,
résistants, japonais et mêmes allemands et, parmi eux, 500 mille
morts Français, ce n'est presque plus rien face à la chambre à
gaz, ou aux 28 mille enfants juifs que certains voudraient faire
assumer pour l'éternité aux écoliers de France innocents.
Dans ma famille de Résistants savoyards où la guerre nous
a coûté six morts et la ruine - comme elle coûta son père au petit
Jean-Marie -, nous avons nous aussi sauvé des vies ; seulement
c'était des Espagnols. Il faut dire qu'en ce temps là si on
sauvait des juifs, on ne le faisait pas pour sauver le peuple élu
mais pour sauver des êtres humains tout court, menacés par la
méchanceté et la violence des hommes. À l'époque, on ignorait que
60 ans plus tard ne seraient plus comptabilisés que les sauvés
marqués d'une étoile, et que sur le marché des Justes, ça ne
vaudrait plus rien les Espagnols !
De vous à moi,
combien cette relecture de la seconde guerre mondiale, cette
réécriture théo-différentialiste, à la limite de l'inégalité
raciale, va-t-elle encore durer ? Combien de temps encore la
Mémoire va-t-elle empêcher l'Histoire ? Au moment du Darfour, de
la Palestine, de l'Irak, du Tibet... n'y a-t-il pas d'autres
combats à mener pour le salut des hommes ? De massacres, de
génocides, d'ethnocides à condamner, à empêcher ? Au moment où la
montée en puissance de l'Inde et de la Chine est sur le point de
remettre en cause le leadership de notre confortable et dominateur
monde post-méditerranéen, les querelles intra-monothéistes
sont-elle vraiment notre priorité ?
Qui aura le
courage de dire, dans cet inquiétant climat de lynchage pour une
petite phrase réitérée dans un obscur follicule breton, que le
problème ce n'est pas le détail de Jean-Marie Le Pen. Une petite
phrase plus taquine que méchante qui lui a déjà coûté 120 briques
(et à ce prix là, on peut comprendre que le peu dispendieux Le Pen
ait envie de l'utiliser deux fois). Une petite phrase inattaquable
- dois-je le rappeler ? - aux Etats unis d'Amérique, qui ne sont
pourtant pas le pays de l'antisémitisme, parce que là-bas le 1er
amendement garantit à tous, et pas seulement à Finkielkraut et ses
sorties sur les « antillais qui filent un mauvais coton » ou «
l'équipe de France black-black-black qui serait la risée de
l'Europe », la liberté de pensée et d'opinion.
Qui aura le courage, à l'heure où même ses supposés proches :
identitaires jaloux et autres apparatchiks en embuscade se
désolidarisent du vieux chef comme on se détourne d'un pestiféré,
de dire que le problème ce n'est pas le « détail » mais la loi
Gayssot ?
Cette loi d'exception contraire à tous
les principes démocratiques et républicains, de l'aveu même de
tous les politiques et historiens qui comptent, de Simone veil à
feu Vidal-Naquet. Une loi d'exception qui, en instituant par le
délit l'Histoire officielle, interdit toute recherche historique
et l'Histoire. Dubito ergo sum res cogitans. Nous savons pourtant
bien, dans ce pays qui vit naître Descartes, qu'en interdisant le
doute, c'est la pensée qu'on interdit. Loi inique, de surcroît
fratricide, puisqu'en inaugurant la concurrence des mémoires - et
par la jurisprudence dont se réclament déjà les arméniens, les
africains, les maghrébins, en attendant les vendéens et les gays,
elle incite au communautarisme victimaire généralisé, tuant la
fraternité française et son universalisme républicain.
Trois siècles de haute philosophie, deux siècles de
sécularisation du religieux et un siècle de séparation des Eglises
et de l'Etat pour en arriver là ? À ce retour en douce d'une
Inquisition qui ne dit pas son nom ? Qui criminalise la
dissidence, l'insoumission, le relativisme, le décalage, l'ironie
obligeant le rebelle à l'abjuration sous peine de ruine et de
prison ?
Devant l'ignoble lynchage des bien
pensants et les discrets lâchages, moi le libre penseur, pour
rester du côté des opprimés et des faibles dont le sort change
avec l'Histoire, j'affirme mon soutien à Le Pen le relaps ; relaps
comme Jeanne d'Arc et Giordano Bruno. Par principe, au nom du
droit à la liberté jusqu'à la mal-pensance, au nom du petit doigt
d'honneur levé devant les puissants botteurs de dèrches et ses
cohortes de lèches culs, de faux culs, j'affirme mon soutien à
l'insoumis.
Car ma peur, ma vraie peur, ce ne
sont pas les provocations ou les lubies d'un vieil homme, mais la
peur bien plus grande de voir ce pays sombrer chaque jour plus bas
dans l'obscurantisme totalitaire.
Un pays de
soi-disant culture et de liberté où la horde des veules, faux
courageux, vrais tartuffes et autres pétaino-gaullistes
éternellement dans le sens du vent se réjouissent déjà, à
l'unisson, au nom bien sur de la démocratie du bon et du bien, que
le pays de Voltaire se promette de jeter demain en prison un vieux
monsieur de 80 ans parce qu'il refuse de se dédire, parce que têtu
jusqu'à la déraison, il refuse de baisser la tête et de faire
comme un chien, à coups de pieds au cul comme eux tous, là où on
lui dit de faire.
En tant qu'intellectuel
français dissident, moi, Alain Soral, qui ne bénéficie même pas
des soutiens d'un Soljenitsyne du temps de sa splendeur dans le
Vermont (va savoir pourquoi ça s'est gâté depuis), par ce simple
texte, je réclame haut et fort, face aux désapprobations
tonitruantes et aux silences gênés, le droit au blasphème pour
tous, pas seulement pour Houellebecq ou Philippe Val de Charlie
Hebdo.
Et, au nom de ce droit sacré en terre
laïque, malgré tout ce qui nous sépare : âge, parcours, origine
politique, je veux rendre hommage à un grand résistant. Pas un
rentier de la Résistance à francisque. Un résistant à cette
démocratie totalitaire qui tue la liberté, l'esprit
d'indépendance, le sens de l'honneur et de la fidélité. Un
résistant à cette République qui, à coup de devoir de mémoire
forcé, de repentance obligatoire et autres criminalisations des
automobilistes et des fumeurs, transforme peu à peu l'esprit
français en catéchisme et le peuple français en bétail.
C'est, en somme, parce que je sais que l'affaire du
détail est tout sauf un détail, que je réclame, pour Jean-Marie Le
Pen, le droit de se tromper et le droit au détail !
Vive la France libre !
Alain SORAL