Garde à vue

         Sur le site de la chaîne "Histoire" http://www.histoire.fr/histoire/videos/grand-debat/0,,3871140-VU5WX0lEIDQ5Ng==,00-guerre-algerie-question-.html , un débat consacré à "La question" c'est à dire à la torture (de l'armée française seulement, bien entendu) pendant la guerre d'Algérie.
         L'omnipotent et inamovible Benjamin Stora affirmait avec son ton doctrinal habituel, que la torture existait avant 1954 en Algérie et était une pratique courante dans les commissariats.
         Cette affirmation péremptoire dans la lignée de la longue liste "des aspects négatifs de la colonisation" que cet historien nous assène depuis de longues années est extraite à dessein d'un contexte qui dépasse les limites des territoires administrés par la France. A la fin des années 60, en métropole même, un ami très proche (blanc et chrétien) qui sortait à peine de l'adolescence, fut passé à tabac dans une estafette de la police nationale par deux mastards en uniforme. Il avait été "raflé" lors d'une manifestation d'un mouvement analogue à celui du "flower power" très en vogue à cette époque. N'étant pas fiché comme gauchiste ni comme délinquant notoire, les deux représentants de la loi, avaient entrepris cependant, de lui donner une bonne leçon pour lui enlever l'envie de se joindre, à l'avenir, à ces dangereux mouvements subversifs en vogue alors, et de côtoyer tout ces "fainéants crasseux, mal peignés à cheveux longs".
         Il n'avait été coupable d'aucune violence, ni dégradation de bien public ou privé. La remontrance avait cependant été sévère. Ecchymoses sur de nombreuses parties du corps y compris sur des zones que l'on qualifie habituellement d'intimes.
         Le réflexe de se pourvoir en justice, n'existait pas alors et les droits du présumé innocent qui font que de nos jours, un malfaiteur pris les armes à la main est considéré comme une supposée victime, n'avaient pas envahis les salles de garde à vue et les rédactions des journaux. Il fut donc, comme une multitude, libéré sans procès verbal ni avocat commis d'office, mais avec un souvenir des plus cuisants.

         Qui d'entre nous, je parle des anciens scolarisés avant 68, n'eut pas à souffrir du zèle excessif des représentants de l'autorité ? La main était leste dans les établissement scolaires ! Coups de règles sur le bout des doigts à la maternelle, torgnoles sonores et sans mesure à l'école primaire, remontrances "appuyées" dans le bureau du censeur. Nous pouvons nous souvenir également de la terreur qu'inspirait les surveillants généraux dont le seul bruit des pas suffisait à vider les couloirs des apprentis chahuteurs.

         Au delà de l'injustice et de la brutalité que nous subissions, nous priions Dieu ou la providence que nos parents ne soient pas mis au courant de nos incartades souvent bien légères, pour ne pas subir la double peine en rentrant à la maison.
         Les fessées qu'administraient les parents à leurs enfants, provoquent horreur et scandalisent aujourd'hui les bonnes âmes des éducateurs modernes, qui soit dit en passant, produisent, désenchantés précoces, révoltés sans bornes et candidats au suicide toujours plus jeunes et en augmentation constante. Aujourd'hui une baffe d'un professeur à un élève le conduit tout droit en garde à vue, pour une condamnation inéluctable.

         Il n'est pas question de justifier la torture ou de prôner les châtiments corporels qui faisaient la spécialité des maîtres anglais, mais de refuser un mécanisme mental qui consiste à accuser un mode de vie et des us et coutumes partagés d'une époque et d'un temps révolu, pour les transposer, uniquement à des fins de dénigrement, sur une société imparfaite sans doute, mais qui n'avait pas le monopole de l'injustice, de la violence ou du racisme.

         La fabrication de ces orientations historiquement partiales est au service d'une mauvaise action qui transforme avec habileté une réalité universelle en spécificité d'un système combattu.

         Point n'est besoin, pour servir une cause, de triturer la réalité, de tricoter des preuves, de traficoter des justifications.
         Il serait suffisant puisque, au dire de ces pseudo spécialistes, les motifs de l'iniquité du système colonial sont sur abondantes, d'en étaler les outrances et de les expliquer sans chercher à noircir artificiellement un tableau déja bien sombre, en utilisant des raccourcis simplistes et des commentaires orientés.

         L'honnêteté consisterait à exposer des faits et à les étudier dans le contexte dans lequel il se sont déroulés. En prenant en compte les moeurs et l'état d'esprit du moment.
         Comparer sans précaution des actes passés en les jugeant avec notre vision actuelle est une manipulation veule et indigne de la part d'universitaires cultivés et instruits.
         Mais la raison idéologique est à la vérité ce que la raison d'état est à la justice.
         On est prêt à tout pour démontrer que le "sens de l'histoire" est une réalité, alors qu'il n'existe que dans les esprits tortueux des idéologues qui dirigent le monde dans la direction qu'ils décrètent unique et juste.

A.M


Mis en ligne le 1er juillet 2008
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